Spéléo Club Constantine ASB,Grottes d'Algérie,Spéléologie Expédition rivières souterraines

Expédition rivières souterraines


Plongée de siphons – 1988

Dans l’ouest de l’Algérie

Spéléo Club de Boufarik
et
Bernard Collignon (SCOF)


Ont participé à cette expédition :

Nedjaa Yacine, Collignon Bernard, Belaoud Mohamed, Saïd Ramdane, Aït Youcef Hakim.


Six mois auparavant, Bernard Collignon nous avait invités à participer à cette expédition. Au programme figuraient l’exploration des rivières souterraines, des grottes sous-marines et la plongée de siphons.

Des objectifs scientifiques étaient également définis :

  • Hydrochimie : étude et échantillonnage des eaux souterraines des cavités visitées
  • Étude de la saturation des eaux et des dépôts de travertins
  • Saturation en oxygène dissous et relations avec la composition atmosphérique souterraine et la charge en guano
  • Biospéléologie : échantillonnage systématique de la faune (aquatique, notamment crustacés) et mesures des principaux paramètres physico-chimiques du milieu (température, humidité, oxygène dissous)
  • Hydrogéologie
  • Spéléogenèse : mécanismes de formation de Aïn Bouyaghzel, des cavités de Cap Noé, et rôle morphométrique de la mer
  • Influence de la stratification sur les formes souterraines : cascades, stabilisation des voûtes

Trois régions étaient au programme :

Monts de Tlemcen :

  • Aïn Bir Tessa (plongée, topographie, photos)
  • Aïn Bouyaghzel (plongée, topographie, analyses)
  • Ghar Boumaâza : plongée de la perte (500 l/s), située à 1,6 km en amont de l’entrée
  • Monts des Traras (falaises de la région de Cap Noé)

Objectif : camp de 6 à 10 jours pour explorer les cavités après escalade et plonger les grottes sous-marines.


Monts de Saïda :

  • Ghar Ouled Amira (plongée du siphon terminal et topographie)
  • Bir Hamama (plongée de siphon)
  • Aïn Zerga (topographie de surface, plongée, possibilité de jonction avec Bir Hamama)

En plus de notre groupe, l’expédition devait comprendre huit spéléologues et plongeurs équipés de matériel conséquent : compresseur, bouteilles, 150 m de cordes, deux véhicules tout-terrain, etc.

La durée prévue était de 15 jours à un mois, en août/septembre.

Notre groupe était intéressé par tous les aspects de l’expédition, mais particulièrement par la plongée de siphons.

Pour cela, certains membres se sont initiés à Alger avec Yacine, plongeur du club. Un stage d’une semaine était ensuite prévu avec le club de plongée de Jijel, mais il n’a pas été mené à terme en raison de conditions marines défavorables. Nous remercions au passage Hocine Châbane (vice-président) et Kamel Boukechoura (moniteur). Une autre tentative à Alger avec le club Espadon n’a pas abouti.


Entre-temps, Bernard Collignon tardait à nous écrire. Mi-août, toujours aucune nouvelle. Nous pensions alors l’expédition annulée. De retour du Djurdjura, nous trouvons finalement un courrier : rendez-vous le 20 août à Tlemcen. Deux jours plus tard, le rendez-vous est repoussé au 21 par téléphone.

Le groupe de cinéma amateur de Boufarik envisageait de nous accompagner pour filmer en Super 8 mm dans la Tafna, mais n’a pas pu obtenir de groupe électrogène.

L’Union de wilaya UNJA (que nous remercions) a accepté de détacher notre ami Yacine au dernier moment.


Nous arrivons à quatre en Land Rover dans l’après-midi du 21 août à Tlemcen, après une visite de la grotte touristique de Aïn Fezza.

Nous passons ensuite au camping de la route de Beni Mester. Deux jours d’attente et d’inquiétude s’écoulent sans arrivée de Bernard. Devant cette situation, nous contactons Boufarik pour envisager un changement de programme :

  • Ghar Boumaâza jusqu’au siphon
  • Ghar Lakhal (si autorisation obtenue)
  • Prospections au Djebel Fellaoucène avec l’appui éventuel de l’association de Nedroma pour la sauvegarde du patrimoine
  • Visite de Kef El Kaous (grotte côtière)

Le soir du 23 août, Bernard arrive finalement seul :

« Je suis arrivé après plusieurs problèmes mécaniques. L’équipe est réduite au minimum, en hommes et en matériel, mais le moral est excellent et nous pourrons réaliser de belles explorations. »

Bernard parvient à gonfler deux petites bouteilles auprès de la Protection civile. Il reste toutefois à trouver un moyen pour gonfler les deux grandes bouteilles, à plusieurs reprises.

Le lendemain, Moh et Yacine contactent le secrétaire général de la wilaya et le directeur de la Protection civile, qui règlent le problème.

Pour remplir les bouteilles il à fallu négocier mainte fois avec la direction de la protection civile de la ville de Tlemcen (Photo S.C.B)


Aïn Bir Tessa

L’après-midi, nous visitons Aïn Bir Tessa. L’objectif est de plonger le siphon terminal.

Après une descente abrupte et 50 m de rivière, nous franchissons en apnée deux voûtes mouillantes de 3 m chacune, impressionnantes. Hakim s’arrête avant la deuxième.

La troisième voûte, longue d’environ 10 m, est très étroite. Nous abandonnons après quelques essais, en maintenant le tuba sous la voûte pour accéder à une fine poche d’air (2 cm), qui disparaît après 7 m. Un éboulement a probablement relevé le niveau de l’eau.

Moh propose l’utilisation d’un tuyau d’arrosage : idée à revoir.

Selon les habitants de Beni Hédiel, la grotte avait été en partie explorée en 1966 lors d’une sécheresse. Des échelles avaient été installées pour franchir les cascades. La cavité est alimentée par la source Aïn Bir Tessa El Kibira, située 700 m plus loin. Une légende évoque neuf sacs d’or cachés par un saint marocain.


Côte ouest (Honaïne – Cap Noé)

Nous nous rendons ensuite à Honaïne, entre Beni-Saf et Ghazaouet. Un pêcheur accepte de nous transporter jusqu’à la crique de Barbadjani pour 300 DA.

L’après-midi se déroule à Marsa Aghla, très belle plage, mais dégradée par une carrière industrielle et des déchets. Une grotte a été utilisée comme dépôt et deux voies d’escalade ont été détruites.


Le 26 août, nous embarquons vers la région de Honaïne. Installation du camp à Barbadjani et exploration d’une grotte en grand porche.

Nous topographions ensuite Kef Ouarichi et Kef Amel, déjà repérées en 1986. Bernard effectue une première reconnaissance au siphon de Kef Amel.


Les jours suivants sont consacrés à diverses explorations, souvent à la nage, avec matériel transporté dans des conditions difficiles. Plusieurs cavités marines sont explorées sur la côte.


Saïda

Le 31 août, nous nous dirigeons vers la région de Saïda et le causse de Tidermatine. Terrain karstique, dolines, pertes actives ou colmatées.

À Ghar Ouled Amira, Bernard franchit un siphon et poursuit l’exploration. Une topographie de 200 m est réalisée.

À Bir Hamama, les explorations sont limitées par les conditions d’accès.


Nous visitons également Aïn Bouyaghzel et Ghar Hmem. Plusieurs mesures hydrogéologiques sont effectuées.

Le 3 septembre 1988, retour à Boufarik.

Sur le plateau de Saïda, un paysage désertique.
(photo S.C.B.)

Sur le plateau de Saïda, un paysage désertique.
(photo S.C.B.)

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