Spéléo Club Constantine Action,SCC25,Via ferrata Quand l’initiative dérange

Quand l’initiative dérange


L’histoire du projet de Via Ferrata de Constantine

Au cours de l’année 2021, nous avons lancé bénévolement un projet que beaucoup considéraient irréalisable dans notre contexte : la création d’une Via Ferrata au cœur des gorges du Rhummel à Constantine.

Ce projet n’était ni financé, ni soutenu par une institution, ni porté par une entreprise spécialisée. Il est né d’une conviction simple : notre ville possède un patrimoine naturel exceptionnel qui mérite d’être exploré, valorisé et transmis autrement que par les discours habituels.

Derrière cette initiative se trouvait un véritable travail de terrain, de réflexion technique et d’expérimentation. Contrairement à ce que certains ont voulu faire croire, il ne s’agissait pas simplement de publier des idées sur les réseaux sociaux, mais bien de concevoir une méthode adaptée à notre réalité locale, avec des moyens modestes et dans des conditions souvent difficiles.

Concevoir avec peu de moyens

L’un des principaux défis du projet concernait la fabrication et l’installation des échelons métalliques destinés à permettre la progression dans certaines parois des gorges.

Dans les pays disposant de moyens importants, ces équipements sont souvent fabriqués industriellement et installés avec des matériaux coûteux. Chez nous, cette réalité était impossible à reproduire à grande échelle.

Nous avons donc cherché une autre voie.

Au lieu de dépendre de solutions complexes ou inaccessibles, nous avons développé une méthode artisanale utilisant principalement du fer de construction de 14 mm, des cornières en acier et des chevilles mécaniques permettant une pose plus rapide et plus accessible dans les conditions réelles du terrain.

Cette méthode présentait plusieurs avantages :

* une fabrication locale ;

* un coût réduit ;

* une installation plus rapide ;

* moins d’efforts physiques lors de la pose ;

* une maintenance plus simple ;

* et surtout la possibilité de rendre ce type d’aménagement réalisable sans moyens extraordinaires.

Certains nous ont alors conseillé des techniques plus anciennes consistant à enfoncer directement des fers à béton dans la roche à coups de massue après forage. Cette méthode existe effectivement depuis longtemps et a déjà été utilisée ailleurs.

Mais ceux qui parlent de ces techniques oublient souvent la réalité du terrain : lorsque l’on travaille suspendu dans le vide, à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, chaque geste compte. Monter toujours plus haut avec une massue lourde, frapper en suspension et répéter l’opération des dizaines de fois devient rapidement extrêmement pénible, lent et dangereux.

Notre objectif n’était donc pas de prétendre réinventer mondialement la Via Ferrata, mais d’adapter intelligemment ses principes à la réalité algérienne et aux contraintes des gorges du Rhummel.

Quand l’innovation devient un problème

Le plus surprenant dans cette aventure ne fut pas la difficulté technique, mais la réaction de certaines personnes.

Dès les premières publications du projet, nous avons commencé à recevoir critiques, attaques et tentatives de découragement. Certaines venaient de personnes n’ayant jamais réalisé ce type de travaux, parfois même sans expérience concrète du terrain, mais qui se présentaient pourtant comme des spécialistes.

D’autres demandaient des détails précis sur nos méthodes de fabrication et d’installation avant de rejoindre ensuite les critiques publiques.

Nous avons alors compris une réalité souvent présente dans notre environnement : beaucoup soutiennent les idées tant qu’elles restent théoriques, mais dès qu’une initiative commence réellement à prendre forme, elle devient dérangeante.

Car lorsqu’une solution simple permet à des passionnés ordinaires de réaliser ce que l’on croyait réserver à quelques structures privilégiées, cela remet en question certains monopoles symboliques.

Entre incompréhension et hostilité

Le projet a malheureusement dépassé le simple cadre des débats techniques.

Des associations locales supposées défendre les sports de montagne ont participé à des blocages et à des campagnes de discréditation. Certaines personnes liées à l’administration touristique ont également vu cette initiative d’un mauvais œil.

Au lieu d’encourager une expérimentation bénévole destinée à valoriser les gorges du Rhummel, certains ont préféré y voir une menace ou un problème à faire disparaître.

À un moment, cette situation a même conduit à des convocations au commissariat à cause d’un simple événement lié à la Via Ferrata.

Ce jour-là, nous avons compris que le véritable obstacle n’était pas la roche, la hauteur ou le manque de matériel, mais parfois l’état d’esprit de ceux qui préfèrent empêcher plutôt que construire.

Les gorges du Rhummel méritent mieux

Pourtant, les gorges du Rhummel représentent l’un des paysages les plus extraordinaires d’Algérie. Elles portent une histoire immense, un patrimoine naturel unique et un potentiel touristique exceptionnel.

De nombreux anciens témoignages montrent qu’à certaines périodes, ces lieux étaient davantage entretenus, fréquentés et respectés. Aujourd’hui, beaucoup de visiteurs constatent malheureusement la dégradation progressive du site : pollution, déchets, abandon et absence de vision cohérente pour sa valorisation durable.

Pendant que certains rêvent de projets coûteux et spectaculaires destinés uniquement à produire des images de prestige, peu de personnes acceptent de soutenir les petites initiatives concrètes réalisées avec sincérité sur le terrain.

Malgré tout, continuer à croire aux initiatives locales

Avec le recul, cette expérience nous a appris beaucoup de choses.

Elle nous a appris que les initiatives bénévoles dérangent souvent davantage que l’inaction.

Elle nous a appris qu’il est parfois plus difficile de gérer les rivalités humaines que les difficultés techniques.

Elle nous a surtout appris que l’innovation n’est pas toujours accueillie avec enthousiasme, surtout lorsqu’elle naît loin des circuits habituels de pouvoir ou de reconnaissance.

Mais malgré les critiques, les trahisons et les obstacles rencontrés, nous restons convaincus d’une chose :

Les passionnés sincères ont encore un rôle à jouer dans la préservation, l’exploration et la valorisation de notre patrimoine naturel.

Et même lorsqu’un projet est stoppé, l’idée qu’il portait continue souvent son chemin.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Post