Djurdjura: Les Galeries souterraines du massif central

Djurdjura: Les Galeries souterraines du massif central

21 janvier 2023 0 Par admin

Djurdjura: Les Galeries souterraines du massif central et l’intérêt que représente cette zone karstique pour les spécialistes.

Selon les écrits, que beaucoup d’entre nous avons plus ou moins décrypté, le Djurdjura est un massif montagneux calcaire à deux versant distincts, celui du nord de courbure irrégulière dont la concavité est tournée vers la mer et l’autre du sud, plongeant sur la vallée de la Soummam. Offrant tant bien que mal, tous les caractères de la haute montagne, avec 2 000 mètres d’altitude en moyenne et qui s’étend sur une longueur de 60 km sur près de 10 de largeur. Son point culminant est dans le massif oriental, un sommet en forme de pyramide « Lalla Khedidja », avec ses 2308m d’altitude, suivie de près par l’Akkouker à Aqqaru T’medouine 2305m et le Haizer à 2167m.

L’exploration de la chaîne du Djurdjura, d’après les archives; remonte au 19è siècle avec de multiple découvertes, qui l’ont hissé au rang de montagne aux multiples intérêts. Sachant aussi qu’elle présente des paysages de haute montagne marquée par l’empreinte glaciaire sur sa face nord.

L’entrée très étroite du Gouffre du LEOPARD, ou Anou Iflis en Kabyle, qui culmine à 2120 m d’altitude et ( – 1159) m de profondeur. situé dans le massif central du Djurdjura.
Mon ami Mohamed et moi parlions, du comportement néfaste de l’humain. Ce gouffre a été obstrué, par des individus, qui ont voulu « par ignorance » élargir l’entrée, en détachant plusieurs rochers à coup de massette, ces morceaux de pierres sont tombés dans le premier puits, créant ainsi un obstacle de plus à franchir pour les spéléologues. D’autres ont dégradé en écrivant l’altitude du lieu par un écrit en PEINTURE ROUGE, alors que les spéléologues ont des feutres spéciaux pour transcrire les codes et autres profondeurs sur les roches lisses des entrées. D’autres encore ont accrochés sur la paroi extérieure, plusieurs Split d’ancrage permanents (non conformes) et dégradants pour la roche.
Avec sa barbe blanche, Mon ami Mohamed et Lounes Meziani, l’animateur de cette page  » Loisirs et Sports de montagne Tizi-Ouzou ». Bon vent mes amis…

Les cavités situées dans le massif central, selon l’ouvrage de Guy Auboire et Pierre Gillon, Takwats Guegrissène ou Grotte de glace principalement, ont été exploré la première fois en 1918, par des biologistes entomologistes dont; P.M. de Peyerimhoff de Fontenelle. Investies ensuite par L.Saccardy en 1935, avec une mise à jour de son étude en 1941, mais aussi par le spéléologue J.G.Birebent en 1953. Des coupes topographiques ont été réalisées en 1965 par P.Courbon et l’équipe du Cave Research Groupe.

En me documentant sur tout ce qui a trait à cet édifice naturel, l’idée d’un périple redécouverte des galeries de ce massif a rejaillit. C’est en compagnie de Mohamed et Abdellah, que j’ai apprécié cette échappée de 24heures, en ce début du mois d’août.

A présent, je me fie juste à mon instinct et vais reproduire ici, en mots mes constatations visuelles…

Bien que j’ai déjà visité ces lieux, sans trop d’ardeur durant les années 80, l’intérêt de ma démarche aujourd’hui, est sans doute, la revalorisation scientifiques et sportive des cavités existantes.

Mes amis et moi avons convenu de cette escapade furtive, pour réunir les informations nécessaires en vue d’une prochaine expédition durable dans le temps avec un matériel adéquat, accompagnés de spécialistes, sachant, qu’aucune autre mission locale, scientifique d’exploration ne s’est faite depuis 1989…

Les différentes caractéristiques de la grotte des jumelles. Formations impressionnantes,

Sous la fraicheur matinale, nous prenons la route montante vers le Djurdjura sud pour accoster à notre lieu de départ pédestre à 11h. Nous sommes fin prêts, sacs à dos bien chargés, devenus un peu accablants pour avaler cette pente d’une inclinaison d’environ 60%. Après trois heures d’escalade éreintante dos au soleil, il nous est difficile de trouver des lieux ombragés pour des pauses-récup. Nous parvenons au pied de la première cavité dénommée: grotte des Jumelles, située à l’ouest de la falaise. Notre ultime obstacle, est celui de la grimpette des derniers mètres. Enfin arrivés, nous nous sommes affalés sur un large galets, pour reprendre notre souffle et entamer l’exploration de ces galeries. La grotte est semblable au nez d’un cheval, composée de deux narines distinctes. Casques sur nos têtes, c’est à partir de la grotte de droite, qu’il est plus facile d’atteindre celle de gauche. La durée de sa traversée est de deux heures environ avec des difficultés rationnelles. Les deux grottes jumelles, sont d’une longueur conséquente, leur jonction est un passage difficile, d’autant plus qu’il est immergé d’eau et de boue…Formés de quelques cheminées en hauteur d’environ 300 m, donnant sur les sommets rocheux d’Aqqarou T’medouine, d’où les eaux et neiges y pénètrent. Une autre caractéristique pas des moindres, celle de la multiplication de coupoles de quelques 40 cm de diamètre sur 15 de hauteur. Nous sommes ébahis par de petites coulées stalagmitiques érodées et naines et de papillons fascinants aux couleurs singulières.

A la sortie de la « grotte » ouest, attiré par sa courbe extérieure de couleurs crevette exceptionnelle. Une pure magie. L’œil de bœuf, qu’on aperçoit mieux du bas, est une petite grotte accrochée à la falaise, à une vingtaine de mètres au-dessus des jumelles.

Poursuivant notre démarche, il nous faut dévaler une proie abrupte, avec en prime une herbe haute et sèche, qui gêne considérablement notre progression vers la seconde grotte. Évoluant vers la grotte dite « Bardane », nous abordons une pente pour la remonter, via un rocher imperméable et galets imposants qui l’entourent. Une heure plus tard, nous sommes face à la grotte « Bardane ». Une cavité relativement plate, pas trop profonde, mesurant une centaine de mètres en horizontal, sa voûte est d’une hauteur de 30m environ sur une largeur de 7m. Au fond et en forme d’entonnoir, un accès étroit impossible à saisir. Plusieurs insectes survolent la voûte dont des chauves-souris, des excréments de ces mammifères sur sol, qui s’accumulent devenant du terreau au fil du temps.

Laissant derrière nous la grotte « Bardane ». Nous Slalomons une concrétion de roches dans un itinéraire devenant plus dangereux. Les pierres mobiles sur lesquelles nous marchons, sont des pièges à hauts risques et il suffit d’une chute pour que l’irréparable se produise !

A peine, une heure avant le coucher du soleil, nous parvenons à trouver un abri idéal pour vivre cette nuit de doute. Savourant enfin un bon diner à base de couscous et autres mets diversifiés, suivi d’un bon café et le moral est au beau fixe…

Une journée satisfaisante, pour nous qui aspirons à la quiétude disparue dans ces montagnes et à l’espoir perdu… Admirant la vie sous la belle étoile, à partir de notre position nocturne éphémère, des questionnements resurgissent sur le changement climatique, ses conséquences sur le devenir de l’humanité, de la planète et des animaux sauvages qui s’éteindront les uns après les autres… Un beau débat entrecoupé, par des histoires légendaires de notre sage Abdellah qui nous replonge dans notre enfance, en nous remémorant nos divers jeux traditionnels ainsi que les histoires de Waghzèn, époux de l’Ogresse « Tseriel ». Je me suis vite rappelé la légende d’un démons d’été, nommé: « Akli- ouzal, ou Akl’ouzal », que je vous raconterai, prochainement.

Après une bonne nuit douce, tôt le matin, nous sommes réveillés sans trop de bruit. L’odeur du café de Abdellah, a fait le reste et chacun sursaute de son lit pour y goûter.

Nous reprenons notre périple vers l’ouest, en contournant un amas de roches, afin de suivre un ancien sentier par très net, pas trop fréquenté vraisemblablement. Une quinzaine de minutes, plutard, au-dessus de nos têtes, une immense ouverture ovale, marquée juste à l’entrée, d’une couche d’orchidées. Un froid glaciale gifle mes joues, mes mains refroidissent rapidement, nous sommes bien à « Takwats Gug’rissène » ou la mythique grotte de glace. Instantanément, je remarque une fente et des fissures sur la voûte, en prolongement vers le nord, qui m’interpellent… Cette cavité, selon Yves Quinif, se présente comme deux ensembles morphologiques entremêlés. Le premier comprend la galerie principale et constitue un drainage nord-sud, traversant l’écaille calcaire. Le second ensemble est formé de puits et méandres. Elle est désignée traditionnellement comme une grotte de glace. En fait, elle ne contient pas de glaces comme certains le pensent. Depuis la sécheresse de 1977, il ne subsiste que quelques plaquettes en profondeur. Cependant, il n’en demeure pas moins que c’est l’une des seules grottes de l’Afrique du nord, qui présente de tels phénomènes de glace et conservé à une température de 3.5°C, alors qu’à l’extérieur, le Mobil de Abdellah affichait bien 34°C !

Sous le soleil percutant, nous reprenons notre escalade vers le nord, via un passage raide aux roches escarpées, à destination de « Anou Iflis » ou Gouffre du Léopard.

Pas très loin de la cavité, nous traversons un paysage multi-figures, composé de vastes étendues d’herbes asséchées mêlées à d’énormes dolines dépassant parfois les 50 mètres de profondeur. C’est juste hallucinant. L’origine du nom « Léopard » de ce gouffre, est relatif à sa paroi pointillée, semblable au pelage fauve tacheté de cet animal.  Sa découverte, fût suite aux travaux de prospections du site, par Martinho Rodriguez, qui se sont concrétisées en août 1983, en compagnie d’une expédition du COSIF. Cette mission coïncidait avec la formation des premiers spéléologues Algériens en jonction avec l’exploration terminale et définitive de « Anou Iflis ». Avec son entrée étroite et discrète, le gouffre est situé au milieu des rochers d’Agouni T’medouine, à 2120 m d’altitude et une profondeur de -1159m. Vraisemblablement, c’est la cavité la plus haute en altitude. Aujourd’hui, obstrué par les écriteaux en peinture rouge par des individus inexpérimentés, ainsi que l’accrochage sur la paroi extérieure de plusieurs Split d’ancrage permanents très dégradants pour la roche. D’autres non-initiés ont voulu « par ignorance » élargir l’entrée, en détachant plusieurs rochers à coup de massette. Ces morceaux de pierres sont tombés dans le premier puits, créant ainsi un obstacle de plus à franchir pour les spéléologues.

Vers l’ouest du Léopard, à près de deux cents mètres « Anou T’medouine » est une sorte de fracture profonde, un puits-faille de 190 m de profondeur, que personne n’a dépassé, à cause de son étroitesse…

Terminée notre expédition d’amateurs dans une satisfaction euphorique, eu égard aux informations capitales pris de visu, pour servir nos chercheurs et spéléologues…

En tournoyant autour de moi, dans ce site impérial, de Aqqarou T’medouine, je comprends mieux, cet attachement de nos aïeux à ce rempart naturel identitaire. Faisons, qu’il soit préservé, pour nos enfants et petits-enfants ! 

Merci Abdellah et Moh. Le 04.09.2021. Par Lounes MEZIANI.

Légendes:

Anou: Gouffre

Ifri ou Takwats: Grotte

Thasraf’th: Puits

Références:

PEYERIMHOFF de Fontenelle Paul Marie: Biologiste, Entomologiste.

BIREBENT Jean Gilbert. 1948-53. Explorations souterraines en Algérie. 

QUINIF Yves. 1976- Contribution à l’étude des cavités karstiques du Djurdjura

COURBON Paul. – 1982- Inventaire des principales cavités d’Algérie,