Spéléo Club Constantine ARTICLES Quand les randonnées deviennent une menace écologique

Quand les randonnées deviennent une menace écologique


Ces dernières années, l’Algérie a connu un essor sans précédent des randonnées en montagne et dans le désert, porté par la beauté des paysages naturels et par l’engouement croissant pour la découverte et l’aventure. Des sommets du Djurdjura en Kabylie aux montagnes des Aurès à l’Est, jusqu’aux étendues du Tassili n’Ajjer et du Hoggar au Sud, ces espaces naturels sont devenus des destinations privilégiées pour des milliers de randonneurs.

Cependant, cet afflux, qui aurait pu constituer une véritable opportunité pour le développement de l’écotourisme, s’est souvent transformé en une menace sérieuse pour les équilibres environnementaux.

Les randonnées organisées en Algérie ont connu leurs premières heures de gloire dans les années 1980, avant de réapparaître massivement, de manière spontanée, il y a environ une quinzaine d’années. Cette résurgence a été favorisée par le retour de la stabilité sécuritaire et par l’essor des réseaux sociaux, qui ont largement diffusé des images séduisantes de la nature, sans mettre en lumière les impacts négatifs de ces pratiques. Dans le Djurdjura, par exemple, la pollution par les déchets plastiques et le verre est devenue un phénomène récurrent, tandis que le camping anarchique a entraîné une dégradation du couvert végétal et une perturbation de la faune sauvage. La situation n’est guère différente ailleurs : dans le Sud,

les véhicules tout-terrain provoquent l’érosion des sols et endommagent des sites archéologiques fragiles du Tassili, alors que dans l’Atlas tellien, l’abattage d’arbres pour l’allumage des feux menace directement les dernières zones forestières.

Plus préoccupant encore est l’enchevêtrement de cette anarchie avec des intérêts économiques illégaux. Des agences de tourisme non agréées et des associations à but lucratif organisent des sorties de masse sans le moindre respect des réglementations environnementales, à la recherche de profits rapides. Ces activités sont souvent encadrées par des « guides » non qualifiés, dépourvus de formation et de certifications, qui conduisent de grands groupes vers des zones écologiquement sensibles, sans mesures de sécurité ni sensibilisation environnementale. Cette situation engendre non seulement des accidents, mais aussi une dégradation accélérée des milieux naturels. Dans certains cas, des soupçons pèsent sur la complaisance de certaines autorités, accusées de fermer les yeux sur ces pratiques, voire d’autoriser l’implantation d’infrastructures illégales, cafés ou constructions diverses. Au cœur même de zones protégées, alimentant un climat de méfiance quant à la préservation du patrimoine naturel national.

Malgré ce constat alarmant, des signes d’espoir émergent vers une transition possible vers des « randonnées écologiques militantes ». Dans le Djurdjura, par exemple, des formations destinées aux guides de randonnée ont été mises en place par la Direction de la jeunesse et des sports de Tizi Ouzou, en collaboration avec le Parc national du Djurdjura. L’objectif est de transformer ces activités en véritables actions éducatives et de sensibilisation à la protection de l’environnement. Toutefois, ces initiatives demeurent insuffisantes si elles ne sont pas généralisées à l’échelle nationale, notamment par la création d’écoles spécialisées en écotourisme, le renforcement des sanctions contre les sorties non autorisées, la révision des dossiers des pseudo-associations actives dans ce domaine, ainsi que le soutien aux campagnes de nettoyage et de reboisement. L’enjeu est désormais clair : il s’agit de faire évoluer la randonnée, d’un simple usage consumériste de la nature vers un acte responsable et engagé en faveur de sa préservation. Cela exige une mobilisation collective impliquant les pouvoirs publics, les associations environnementales et les citoyens. Les montagnes et les forts ainsi que les déserts algériens ne sont pas de simples espaces de loisirs, mais un héritage naturel précieux. Ignorer les défis actuels conduirait inévitablement à une catastrophe écologique irréversible.

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