Grotte troglodyte et gravures rupestres de Kef El Haouli

Une étude récente publiée dans le Journal of Human and Society Sciences a mis en lumière une découverte archéologique remarquable dans l’Atlas saharien algérien : une grotte troglodyte associée à une station de gravures rupestres représentant des bubales antiques. Cette découverte, réalisée dans la région de Kef El Haouli, près du village de Madna dans la région d’Oued M’zi (wilaya de Laghouat), apporte de nouvelles données sur l’occupation humaine préhistorique de cette zone.
Un site archéologique dans le Djebel Amour
Le site se situe dans le Djebel Amour, un massif montagneux appartenant à l’Atlas saharien. Cette région constitue une zone de transition entre les Hauts-Plateaux et le Sahara et est connue depuis longtemps pour la richesse de son art rupestre. Les reliefs y sont composés de formations géologiques variées, avec des falaises, des abris naturels et des vallées profondes favorables à l’installation humaine depuis la préhistoire.
La découverte s’inscrit dans un programme de recherche consacré aux peuplements préhistoriques et protohistoriques de l’Atlas saharien, mené à travers des campagnes de prospection archéologique depuis le début des années 2000.
Une grotte aménagée en habitat troglodyte
La première composante du site est une grotte troglodyte située à plus de trente mètres au-dessus de l’Oued Aghlane. La cavité mesure environ 13 mètres de largeur pour près de 3 mètres de hauteur et possède une entrée relativement étroite d’un peu plus d’un mètre.
L’intérieur de la grotte révèle plusieurs aménagements :
- Un muret construit en pierres liées par un mortier d’argile,
- Un plafond noirci par la fumée, signe probable de l’utilisation d’un foyer,
- Six petites structures ressemblant à des silos, probablement destinées au stockage de denrées alimentaires.
Ces éléments suggèrent que la grotte a servi d’habitat ou de refuge temporaire à des groupes humains. Toutefois, sa datation précise reste encore incertaine en l’absence de fouilles archéologiques approfondies.
Une station de gravures rupestres
À environ vingt mètres sous la grotte se trouve un bloc rocheux détaché de la falaise, portant une paroi gravée représentant deux figures animales : des bubales antiques (Bubalus antiquus).
Le bubale antique est une espèce de grand bovidé aujourd’hui disparue, qui occupait autrefois l’Afrique du Nord et apparaît fréquemment dans l’art rupestre saharien.
Les deux gravures présentent les caractéristiques suivantes :
- Une représentation de profil,
- Un style sub-naturaliste,
- Une technique de gravure obtenue par piquetage préalable suivi d’un polissage du trait,
- Des dimensions moyennes (environ 65 cm pour la première figure et plus d’un mètre pour la seconde).
Malgré un état de conservation relativement altéré, certains détails anatomiques sont visibles, notamment les cornes annelées, les sabots et la queue recourbée.
Une région riche en art rupestre
La région du Djebel Amour compte déjà plusieurs stations rupestres connues comportant des représentations de bubales antiques, notamment à El Ghicha, Aïn Sfissifa ou encore El Kharrouba. La station de Kef El Haouli vient donc enrichir cet ensemble iconographique important et confirme l’importance de cette zone dans l’étude de l’art rupestre nord-africain.
Le bubale antique est l’un des animaux les plus fréquemment représentés dans l’art rupestre de l’Atlas saharien. Sa présence témoigne d’un environnement ancien très différent de celui d’aujourd’hui, lorsque ces régions abritaient une faune abondante et des conditions climatiques plus humides.
Un site prometteur pour la recherche archéologique
L’intérêt scientifique du site de Kef El Haouli réside surtout dans la proximité entre l’habitat troglodyte et les gravures rupestres. Cette association pourrait permettre, grâce à de futures fouilles, de mieux comprendre la relation entre les populations préhistoriques et les expressions artistiques rupestres.
Les chercheurs soulignent toutefois que ces vestiges restent fragiles et exposés à des facteurs de dégradation naturels et humains. Des campagnes d’inventaire, de relevé et d’étude approfondie seraient nécessaires pour documenter et préserver ce patrimoine archéologique exceptionnel.
Un patrimoine encore largement à explorer
L’Atlas saharien demeure aujourd’hui une région riche en vestiges préhistoriques mais encore insuffisamment explorée. La découverte de Kef El Haouli démontre que de nombreux sites archéologiques restent probablement à identifier dans ces montagnes.
Pour les chercheurs comme pour les passionnés de spéléologie et de patrimoine naturel, ces grottes et abris sous roche constituent de véritables archives du passé, capables d’éclairer l’histoire des premières populations qui ont occupé ces territoires.
