Gardiennes discrètes de nos nuits et trésors des milieux cavernicoles
Chaque année, dès les premiers frimas de l’automne, des milliers de chauves-souris entament un voyage silencieux vers les grottes, mines abandonnées et cavités souterraines. C’est le début de l’hibernation, une période de sommeil profond qui peut durer jusqu’à 7 mois. Pendant ce temps, leur température corporelle chute à quelques degrés, leur cœur bat au ralenti (quelques battements par minute) et elles économisent jusqu’à 90 % de leur énergie. Un véritable exploit physiologique !
Le schéma ci-dessus résume ce cycle annuel :
- Septembre-novembre : transit automnal et essaimage (rassemblement pour s’accoupler).
- Décembre-mars : hibernation stricte dans les sites souterrains frais et humides.
- Avril-mai : réveil et transit printanier vers les sites de mise bas (greniers, arbres creux).
- Juin-août : reproduction, allaitement et apprentissage du vol des petits.
Pourquoi protéger les milieux cavernicoles ? Ces espaces souterrains ne sont pas que des refuges pour les chiroptères (nom scientifique des chauves-souris). Ils abritent une biodiversité unique : insectes troglophiles, salamandres, champignons rares… Mais surtout, les chauves-souris sont nos alliées :
- Une seule petite chauve-souris peut manger jusqu’à 3 000 insectes par nuit, dont des moustiques et des chenilles processionnaires.
- Elles pollinisent certaines plantes et dispersent des graines.
Pourtant, elles sont menacées :
- Perturbation hivernale : une seule visite en grotte peut réveiller une colonie entière et faire perdre 30 jours de réserves énergétiques (souvent mortel).
- Pollution lumineuse et destruction des sites de reproduction.
- Pesticides qui empoisonnent leurs proies.
- Tourisme non encadré et spéléologie irresponsable.
Que faire concrètement en Algérie ?
- Protéger les grottes : pose de grilles discrètes, arrêtés de wilaya pour interdire l’accès en hiver.
- Installer des gîtes dans les jardins, écoles et mosquées (plans gratuits sur le site de la SFEPM ou ASE).
- Sensibiliser dès l’école : une chauve-souris n’est PAS dangereuse, elle ne s’accroche pas dans les cheveux !
- Réduire les pesticides et privilégier la lutte biologique.
- Rejoindre ou créer un groupe local : Le Spéléo Club Constantine (SCC25) ou autres Associations en Algérie, Groupe Chiroptères Maghreb, ou simplement organiser une sortie « nuit des chauves-souris » chaque été.
En protégeant les chauves-souris et leurs refuges cavernicoles, nous préservons non seulement une espèce emblématique, mais tout un équilibre nocturne dont nous bénéficions directement : moins de moustiques, moins de chenilles, des nuits plus saines. La prochaine fois que vous verrez une chauve-souris voltiger au crépuscule, souriez : c’est une gardienne de l’équilibre naturel qui veille sur nous.
Sources : Groupe Chiroptères Maghreb, ASE, IUCN, Plecotus Belgique.
