De randonnées anarchiques aux randonnées écologiques militantes !
Lounes MEZIANI, le 09.6.2022.
Bonne initiative que de réunir autour d’un débat les responsables du Parc du Djurdjura, avec les guides de randonnées diplômés ainsi que les chefs de groupes de randonneurs (non diplômés), qui accompagnent nos concitoyens, venant de partout vers nos montagne et forêt. Cette initiative de près de 3 années, a été muri entre nous (les responsables du Parc et moi-même) et comme les conditions n’étaient pas encore réunies, cette rencontre qui a failli ne pas avoir lieu, a fini par être programmée grâce à la ténacité du directeur du Parc. J’ai moi aussi, insisté auprès de tous ces responsables et de certains amis randonneurs, de l’urgence de réunir ce beau monde autour d’une table, pour recadrer cette activité impactant directement, l’équilibre de l’écosystème dans ces sites naturels, et faire respecter la loi régissant nos réserves naturelles.
Je suis ravi que vous soyez réunis aujourd’hui à Tikjda… Tikjda, le symbole, qui a vu grandir et vieillir notre défunt ami, Mustapha Muller, le concepteur des parc nationaux en Algérie à qui nous rendons hommage aujourd’hui.
Le concept de « randonnée » existait durant les années 80, mais il renaît spontanément depuis une douzaine d’année… Cependant, l’engouement du citoyen et de la famille Algérienne, à cette activité à failli tourner à la catastrophe et détruire nos écosystèmes, si ce n’est les réaction même timides, des autorités en charge du secteur.



Pour ceux qui ne me connaissent pas, le Djurdjura je l’ai découvert lors d’une semaine de bivouacs en 1983 en compagnie de deux voisins d’Ait El Hadj Ali à Tizi-Ntléta. En 1987, un club de montagne est né, dénommé « Monta Club Ouadhia », spécialisé dans les sports et loisirs de montagne en équilibre avec la protection de la nature. 1989, il devint association qui multipliera actions, participations et compétitions tout genre avec la création des écoles de Ski, Randonnées, Escalade en touchant aussi à la spéléologie…
En ma qualité de Guide, j’ai mis en œuvre et dirigé la seule et unique formation de guide accompagnateur de randonnées, au profit de 30 stagiaires, pendant 7 jours en 2017, à laquelle, le P.N.Djurdjura et le GRIMP de Tizi-Ouzou ont pris part. Organisée en 2 phases par la DJS de Tizi-Ouzou (Tizi-Rached et Ain El Hamam), dans le but de recadrer et mieux sécuriser cette activités de loisirs de plein air qui s’amplifie indéfiniment. Ainsi, toutes nos randonnées sont devenues pédagogiques !
J’ai fait partie de l’équipe de spéléologues et archéologues ayant « remis » en lumière l’existence de l’ours de l’Atlas, en retirant du fond d’une grotte, des ossements composés de son crâne et autres, pendant des fouilles d’octobre 2019.
J’ai dénoncé en ma qualité de MILITANT ECOLOS, les dépassements envers la nature en général et le Djurdjura en particulier, via ma page et par voie de presse, « reportages écrits, photos et vidéos » :
Le Big Bivouacs d’Aswel de 2017, le chemin des prairies d’Alma-Tighzert en 2018, les baraques et le béton de Tikjda, les pollutions avec des déchets plastiques et de verres de Tala Guilef et autres, les aventures à risque vers Tamgout et l’Akkouker, mobilisant les Pompiers spécialisés, les randonnées sans guides diplômés et sans assurance, les randonnées répétitives hebdomadaires dans les zones et sites vulnérables, Les troupeaux de vaches qui ont remplacés les mammifères sauvages, le non classement de la forêt de l’Akfadou comme réserve naturelle, les campings à l’intérieur de nos forêts en utilisant les feux de bois comme à Tigounatine, Timguiguelt et forêt d’At Wabane, les intrusions à l’intérieur des grottes sans casques de sécurité et enfin, le non-respect de la tenue du randonneur qui doit être colorée donc visible, pour la sécurité de tout un chacun si jamais un accident survient etc., etc.


Aujourd’hui, si j’ai publié ce petit bilan me concernant, c’est pour souhaiter à la nouvelle génération, bonne chance dans vos travaux, espérant la concrétisation de notre souhait primordial, celui de voir la préservation de nos sites naturels prendre le dessus sur nos intérêts personnels et que la randonnée écologique, puisse remplacer graduellement nos randonnées égoïstes, pour la survie de nos sites naturels.
Je sais que je ne suis pas le seul, mais je sais que nous ne sommes aussi pas nombreux à développer cette nouvelle approche, de ce nouveau concept chez nous que j’appelle aujourd’hui, la randonnée militante. Difficile de convaincre nos amis randonneurs, ou « guides », mais le chemin est tracé et je veux croire à un changement dans nos comportements avenir.
NON invités à ce RDV important finalement, je suis déçu de l’absence de la totalité des guides accompagnateurs de randonnées, formés par la D.J.S de Tizi-Ouzou en 2017, sous ma direction et encadrés par d’imminents spécialistes du domaine, à laquelle le GRIMP de Tizi-Ouzou et le P.N.Djurdjura ont pris part, contrairement aux « autres » qui n’ont ni diplôme ni formation, dans leur majorité et qui seront nombreux à cette réunion! Ces guides diplômés, qui font à ce jour des sorties pédagogiques et de sensibilisation, toujours présents aux différents volontariats du P.N.D « dépollution et reboisement », ont t’ils été écartés volontairement ou par oubli ? En attendant d’autres rencontres similaires, avec les agences de tourisme et éleveurs de bétails…


Je ne suis pas présent parmi vous aujourd’hui, pour des raisons et empêchements majeurs, mais comme on le dit dans notre jargon « nul n’est indispensable » !
Pour terminer, Je remercie Mr Dahmouche directeur du P.N.D, pour son invitation et son dévouement pour notre cause à tous, celle de la préservation de notre patrimoine naturel…
Écologiquement vôtre,
© Lounes MEZIANI.

Bravo Lounes ton article est un cri du cœur authentique, presque un testament militant d’un homme qui a vu naître et exploser la randonnée de masse au Djurdjura, et qui en mesure aujourd’hui les dégâts avec lucidité. On sent l’amour viscéral pour ces montagnes (depuis tes bivouacs de 1983 jusqu’aux fouilles de 2019 sur l’ours de l’Atlas), mais aussi une colère contenue face à l’amateurisme généralisé, aux « big bivouacs » destructeurs, aux troupeaux domestiques qui remplacent la faune sauvage, aux déchets, au béton à Tikjda… Tu dresses un réquisitoire précis et documenté, sans verser dans la caricature.
Ce qui frappe le plus, c’est la lucidité sur le passage d’une randonnée « anarchique » à une pratique qui pourrait devenir « militante » et pédagogique. Tu ne rêves pas d’interdire, mais de recadrer : formation, assurance, sensibilisation, respect des zones vulnérables, tenue visible, etc. C’est une position mature, loin du pur rejet anti-tourisme. Tu reconnais l’engouement populaire (familles algériennes qui découvrent enfin la montagne), mais tu refuses que cet engouement devienne un tsunami écologique.
La déception sur l’absence des guides diplômés de 2017 (que tu as toi-même formés et encadrés avec la DJS et le Parc) est très lisible, et elle fait mal. Ça donne l’impression d’une fracture entre les « vrais » engagés (ceux qui font de la pédagogie, du volontariat dépollution/reboisement) et une masse de « guides autoproclamés » qui trustent les sorties. Cette amertume est compréhensible : après des années à former, à alerter, à militer, voir les non-formés dominer la réunion, ça doit donner le sentiment d’avoir semé pour que d’autres récoltent sans effort.
Le passage sur Mustapha Muller est touchant : rendre hommage à celui qui a conceptualisé les parcs nationaux algériens, à Tikjda qui l’a « vu grandir et vieillir », ça ancre ton propos dans une filiation historique et presque affective. Ça rappelle que la protection du Djurdjura n’est pas une lubie récente, mais une continuité interrompue par l’explosion des années 2010.
En résumé, ton texte n’est ni triomphaliste ni désespéré : il est combatif, mais lucide sur la difficulté à faire changer les mentalités (« difficile de convaincre nos amis randonneurs ou guides »). Tu traces un chemin clair : passer des randonnées égoïstes (consommation de nature) à des randonnées militantes (défense active de la nature). C’est exigeant, impopulaire parfois, mais c’est la seule voie pour que le Djurdjura survive à sa propre popularité.
Chapeau pour la ténacité, et bon courage pour continuer à porter cette voix qui dérange. On a besoin de plus de « randonnées militantes » et de moins de selfies en masse sur les sites fragiles.
Écologiquement vôtre aussi.