ANOU- IFFLS « Le gouffre du Léopard »

ANOU- IFFLS « Le gouffre du Léopard »

6 novembre 2009 0 Par admin
Le gouffre du Léopard

En août 1983, l’expédition conjointe  » Couscous 83 / Djurdjura 2000  » s’était arrêtée devant ce qui ressemblait bien à un siphon. Comme on était encore plusieurs centaines de mètres au-dessus de l’altitude de la résurgence, ce siphon semblait « perché », et donc plongeable.

Deux expéditions furent mises sur pied pour franchir cet obstacle. En octobre 83, c’est une crue d’orage qui mirent fin à nos espoirs et à l’été 84, l’équipe dut se donner d’autres objectifs, faute de plongeur de fond de trou.

Ce n’est donc qu’en 1985 qu’une tentative de plongée sera effectuée par les spéléologues du club de Gracia (Barcelone). A leur grande surprise, ce n’est pas un siphon, mais une simple voûte mouillante qu’ils franchissent en installant une main courante. Arrêt, faute de matériel, 30 m plus bas.

En 1986, tout le monde semble s’être donné rendez-vous sur le Ras Timédouine. Des spéléologues de Gracia et de l’interclubs Couscous repartent vers le massif. Ils sont accompagnés par d’autres spéléologues madrilènes, français, algériens, belges et australiens. Ils poursuivent la descente et, après quelques puits, c’est un véritable siphon qui bloque la progression.

La cote finale de la cavité reste discutée entre les divers topographes (cela va de -970 m à -1159 m). Il est bien difficile de trancher. Peut-être une bonne altimétrie permettrait-elle de lever l’incertitude. Ce qui est certain, c’est que l’Anou Ifflis est le gouffre le plus profond connu en Afrique, une cavité active, froide et très sportive.

On trouvera ci-dessous sa description par les spéléologues madrilènes, une topographie (provisoire ?) compilée par ceux de Gracia ainsi qu’un récit d’ambiance de 3-P Sounier.

ANOU IFFLIS     Dans les puits d’entrée (photo 3-P Sounier).

DESCRIPTION DU GOUFFRE   (traduction approximative)

Javier Lario Gomez et Ramon Peiro     (Seccion de Espeleologia Geologicas,

Madrid).

La cavité peut être divisée en trois parties nettement caractérisées. La première partie commence à l’entrée et se termine au méandre situé immédiatement avant le premier bivouac, à la cote approximative de -350 m. Elle est caractérisée par la prédominance de passages étroits qui commencent à l’entrée elle-même qui est de petites dimensions.

Sous l’entrée, un puits subvertical (le toboggan), de 7 à 8 m donne accès à un autre de 21 m caractérisé par la traversée d’un autre puits très étroit où se situent le fameux  » quatre « . Il s’agit d’un endroit où le spéléologue est obligé de dévier, en réalisant un zig-zig.

A partir de là, deux autres puits d’une vingtaine de mètres nous donnent accès à la fameuse chatière verticale, qui est la tête très étroite d’un puits de 90 m. Par cette chatière, on descend de trois mètres pour pouvoir atteindre un très large puits caractérisé par sa verticalité et par l’existence de vires empierrées dans sa partie inférieure. Ces vires peuvent être dangereuses. Ce puits donne accès à une petite salle chaotique où commencent à apparaître les fameuses taches de Léopard.

Le gouffre continue par une zone d’éboulis et de chaos pour arriver à un puits très aérien de 27 m sur lequel s’en enchaîne un de 60 m très étroit. Celui-ci constitue la partie initiale et très défoncée d’un méandre que l’on suit plus loin, jusqu’au bivouac (-350 m).

Du premier bivouac à la cote de -840, où s’est parfois installé un second bivouac, le gouffre change radicalement de caractère. Dans cette deuxième partie, prédominent les verticales. Les puits s’enchaînent les uns aux autres, quasiment sans interruption.

Les premiers puits, jusqu’au P80, sont très encombrés et n’ont pas une grande longueur. Il y a quelques blocs entre lesquels on doit passer.

A partir du P 80, très caractéristique, les puits sont vraiment très aériens, profonds et très larges, surtout les derniers qui donnent accès à la salle du deuxième bivouac.

Cette salle se caractérise par sa largeur. Elle donne accès, à ses extrémités, à deux passages. L’un d’entre eux mène à la suite du réseau actif. L’autre conduit à un petit siphon, à travers des blocs et des éboulis.

La troisième partie de la cavité s’étend depuis le deuxième bivouac jusqu’au siphon terminal. Cette zone, appelée rivière Emria, se caractérise par la prédominance de puits très arrosés et de galeries avec de grandes marmites, qui justifient l’emploi de pontonnières et l’installation de tyroliennes.

On accède à cette troisième partie de la cavité par un puits de 32 m au bout duquel s’ouvre un autre puits de 25 m que nous n’avons pas visité. Là, se perd la quasi-totalité de l’eau qui coule dans les grands puits.

Après le P 32, il y a une série de petits puits, séparés par de profondes marmites de géant. Ceci nous conduit au « siphon des français », une impressionnante marmite profonde, large de 3 m et longue de 10, où il est nécessaire de placer une tyrolienne pour pouvoir passer.

A partir d’ici, le gouffre se poursuit par un puits de 56 m, très arrosé, et un puits incliné de 34 m. Ensuite, nous arrivons à ce que nous avons appelé le  » siphon des belges « , de dimensions plus réduites que le précédent. Cette simple marmite se prolonge par un puits extrêmement arrosé.

Au fond de celui-ci, une petite galerie nous conduit, après avoir traversé une autre marmite, au siphon terminal, à la cote de – 1159 m. La grande profondeur de ce siphon, la section caractéristique de la galerie qui permet d’y accéder ainsi que l’absence d’ouvertures supérieures qui pourraient indiquer des passages permettant de shunter le siphon, tout semble indiquer que ceci est le véritable  » fond  » de la cavité.

Le pseudo-siphon de – 975 m baptisé par COUSCOUS 86 « siphon Luc-Henri Fage » (photo J.P. Sounier).

SPELEOLOGIE ALGERIENNE n°4   1985-86-87